Pour le concert du 24 mai, nous chanterons avec nos partenaires de Crescendo (Romagnat, Puy-de-Dôme) des extraits de Dogora, une suite musicale d’Etienne Perruchon (1958-2019), une oeuvre surprenante à plus d’un titre.

Le Dogorien, langue imaginaire d’un peuple imaginaire
En 1996, Etienne Perruchon compose les premières chansons en Dogorien pour le spectacle de la compagnie Brozzoni Éléments moins performants de Peter Turini. L’action de ce drame avait été transposée dans un pays imaginaire d’Europe centrale. Il devait y avoir des paroles, des poèmes sur sa musique, mais les poèmes ne sont jamais venus. E. Perruchon a donc décidé d’écrire des paroles en grommelot, un charabia utilisé dans le théâtre satirique qui ressemble à une langue naturelle, mais qui n’en est pas une! (cette vidéo est vraiment instructive). Et ce fut un succès : cette langue incompréhensible, en trompe l’oreille, faisait passer, mieux que des mots, une émotion puissante partagée entre les comédiens et le public.
Répondant à une commande de l’École de Musique de Chambéry en Savoie pour une grande œuvre pour chœur et orchestre célébrant le passage à l’an 2000, É. Perruchon écrit une œuvre de 28 minutes pour chœur mixte, chœur d’enfants et orchestre d’après les mélodies des chants composés pour le spectacle Eléments moins performants. Il intitule Dogora cette suite Dogora du nom d’un des chants..
Naissance d’une légende, naissance d’un mythe
A cette langue imaginaire, il fallait un peuple et un pays imaginaires : le dogorien, parler du peuple du pays de Dogora. Et la légende s’étoffe, le pays prend un nom, la Proszeshny orientale, située quelque part du côté des Carpathes (du côté? lequel? Nord, Sud, Est, Ouest?). Ce pays pourrait rejoindre la Syldavie du roi Ottokar de Tintin, l’Atlantide des Anciens, l’Eldorado des Conquistadors, ces pays évoqués par la superbe exposition présentée ces temps-ci à la BNF Cartes Imaginaires.
Et la légende peut s’écrire ainsi : le dogorien, langue oubliée d’un peuple disparu, qui a dû quitter Dogora, petite ville de Proszechny, après l’insurrection de 1832. Une partie du peuple a quitté les mines et aciéries pour devenir nomade. Ils se sont dispersés dans les pays slaves, mais aussi en Grèce, en Italie, en Autriche, ou ailleurs. Il nous reste leurs chants, où la mélodie suffit à former un discours cohérent et permettre aux chanteurs et aux auditeurs de toutes confessions et de toutes cultures de trouver à la fois un sens personnel et universel.
Patrice Leconte en fait un film!
Le concert de Chambéry suscite l’enthousiasme du réalisateur des Bronzés. Étienne Perruchot lui fait part de son rêve depuis toujours d’associer des images à cette musique. Il retravaille la partition et la fait passer de 28 minutes à 70 minutes. La musique envoûtante fait la charpente du film Dogora, ouvrons les yeux, suite de séquences sans scénario tournées au Cambodge. (voir ici la bande annonce)
Le compositeur au piano
Avec l’auteur lui-même au piano, écoutez ici la Suite populaire Dogorienne de Proszeshny orientale enregistrée en 2010 aux XXèmes Choralies A Choeur Joie de Vaison-la-Romaine. Et ça commence par une leçon de dogorien par Étienne Perruchon.
Pour se répérer dans le concert
| Leçon de dogorien | par Étienne Perruchon, lui-même |
| Tschunga Ya | 4’11 |
| Kourni | 7’50 |
| Dogora | 11’30 |
| Mi poshka | 13’27 |
| Koshni | 20’41 |
| Tou toéchtaké | 27’43 |
| Mira (2 choeurs) | 32’00 |
| Zdieskani | 34’00 |
| Kiatché tchékania | 38’30 |
| Soutrinka | 41’30 |
| La Vidjiamé (par Crescendo) | 45’50 |
| Mié Panosko (par Crescendo) | 49’30 |
| Donia (2 choeurs) | 53’00 |
| Souchänishka | 57’40 |
